LA
FILATURE DE FRAIZE
Linstallation
dune usine importante sur les terrains de
lancienne usine brûlée, dont la
superficie se limitait à cette époque à 86
ares 80, serrés entre le cours de la Meurthe et
les constructions de lagglomération
centrale de Fraize, imposait en 1900 la solution
dune filature à étages.
Cette solution
était dailleurs toute indiquée pour le
travail spécial des cotons Jumel auquel cette
usine était destinée, le bâtiment à étages
dans sa conception moderne des grandes filatures
anglaises ayant été poussé à une grande
perfection.
Lensemble
réalisé au lieu de lancienne filature de
1900 à 1914 était dune conception
parfaite, moderne, poussée jusquà
lextrême pour utiliser toute la place
disponible et la réserver à la fabrication.
Lagrandissement de cette filature au moment
de la reconstruction après la guerre posait donc
avant tout le problème de lélargissement
des terrains ; il reçu une solution
heureuse par la déviation du cours de la
Meurthe, ce qui porta létendue de la
propriété à plus de 2 ha 1/2dun seul
tenant.
Les terrains
nécessaires avaient été acquis progressivement
depuis plusieurs années avec une grande
prévoyance dans ce but.
Grâce à cette
réalisation, la filature de Fraize put être
portée à son importance actuelle par la
construction dune aile nouvelle et toutes
ses dépendances purent être élargies et
modernisées.
La surface totale
dutilisation donnée par les bâtiments,
comptée bien entendu en additionnant la surface
des étages et du sous-sol, atteint actuellement
25 220 m² environs. Ces dernières sont
exécutées entièrement en maçonnerie massive
de moellons et angles de granit avec colonnes en
fonte supportant des poutrages très solides en
fer.
Les plates-formes
des étages sont en béton de ciment, recouverts
seulement dans certaines salles de planchers de
bois et parquets de chêne, suivant la
destination et lutilité du travail.
De larges baies
vitrées répandent la lumière à profusion dans
ces grandes salles carrées, dont les plus
importantes ont dans lancien bâtiment
près de 50m sur 40m soit une surface de 2000 m²
environ.
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Enfin la
couverture des bâtiments principaux a été
conçue et réalisée de la façon la plus
parfaite par 2 plates-formes de béton de ciment
, entre fers, séparées par une couche
élastique pour éviter toute trépidation du
béton supérieur, qui forme une cuvette
recouverte dasphalte, contenant de
leau ; ce joli bassin est alimenté en
tout temps soit par la pluie, soit par les trop
plein des pompes de fonctionnement à
lusine.
Cette couverture
réalise lidéal dun toit de filature
subissant le moins de variations de
températures, tenant le plus chaud en hiver et
le plus frais en été, assurant aux salles
quil recouvre la possibilité de régler
plus facilement leur état hygrométrique ;
elle na que linconvénient de coûter
très cher.
Une tour de 30 m
de hauteur, dominant tous les bâtiments,
renferme un monte charges et un escalier
daccès aux étages ; elle abrite
aussi à sa partie supérieur un grand réservoir
dalimentation des installations de Grinnell, (par Mather &
Platt Ltd.)
avec une première réserve deau de
35 000 litres.
Pour les nouveaux
bâtiments construits après la guerre, on a
adopté le même genre de construction dans la
mesure du possible : mêmes murs en
maçonnerie avec moellons et angles de granit,
mêmes baies virées.
Mais les colonnes
en fonte et les gros poutrages en fer ayant été
introuvables à cette période de la
reconstruction, on a dû avoir recours pour ces
bâtiments au ciment armé.
Le toit a dû
être exécuté en ciment volcanique avec une
couche de sable remplaçant la nappe deau.
La valeur de cette
couverture est inférieure à celle de la
première, mais elle est suffisante, surtout pour
la salle de retordages qui a été disposée à
létage de ce bâtiment, cette opération
étant beaucoup mois délicate au point de vue de
la régularité des conditions de température et
dhygrométrie que la filature de Jumel
elle-même.
A la filature de
Fraize, linstallation de force motrice,
vapeur de 1900 a été maintenue, car elle est
encore des plus modernes, comportant:
Chaufferie:
1 batterie de 4
chaudières semi-tubulaires de 180 m² de surface
de chauffe timbre (12 kg). (S.A.C.M.)
4 surchauffeurs
Schwoerrer portant l la vapeur à 300 °
1 Réchauffeur
Green de 320 tubes pour leau
dalimentation.
Les chaudières
sont en sous sol et le charbon descend au
déchargement par de grandes trémies jusque
devant les foyers.
Un grand parc à
houille longeant toute la cour contient la
réserve de combustibles ; il est en
communication avec les chaudières par une
galerie souterraine à plan incliné.
Machine à
vapeur : « triplex » de 1200
C.V. (S.A.C.M.) avec distribution par obturateur.
Reste en parfait
état dentretien, elle donne un excellent
rendement.
La machine à
vapeur attaque directement tous les étages de
lancien bâtiment par son volant de 5 m 50
de diamètre, au moyen de 32 câbles en coton et
en chanvre se répartissant sur les commandes des
différentes salles.
A coté de ce
« moteur à vapeur » , et accouplées
avec lui, au moyen dune transmission à
câbles, 2 turbines hydrauliques (J.J. Rieter à
Wintherthur) installées en 1914 peuvent fournir
un appoint de force de 300 C.V. au maximum, cette
force étant généralement moindre, puisque
proportionnée au débit de la rivière.
Ces turbines ont
été maintenues dans leurs dispositions
premières, attaquant directement la
transmission, mais une ancienne roue deau,
dont nous avons parlé dans le chapitre
« reconstitution », a été
remplacée par un nouveau groupe de turbines
Singrün (Constructions Electriques de
France) constituant avec leur alternateur
accouplé directement sur arbre, la station
hydroélectrique de Fraize.
Le local de cette
dernière a été réuni avec celui des
turbines Rieter pour la simplification des
services.
Les installations
de chauffage, de ventilation et
dhumidification des salles ont été tout
particulièrement étudiées dans cette filature
de fin où les conditions hygrométriques jouent
un grand rôle.
Les chauffages à
vapeur avec retour deau aux chaudières,
ont été installées par la Société des forges
dAudincourt et dans les nouveaux
bâtiments par le S.A.C.M. de Mulhouse.
Dans les salles de
peignage et des continus à filer, où il faut
beaucoup dhumidité, la Société
Lyonnaise de Ventilation Industrielle,
« Lyon et Neuilly /
Seine » a installé une série
de « climatogènes » de même type
que celle de la filature des Aulnes. Les autres
salles disposant dune ventilation centrale
importante combinée avec humidificateur (
Système Farcot).
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Protection
incendie par sprinkleurs "Grinnell" installée
par la S.A. Mather
& Platt.
- Une installation d'extincteurs
automatiques contre l'incendie, système
"Grinnell", comportant une cloche
d'alarme incendie, protège l'ensemble du
bâtiment principal ainsi que les magasins de
coton ; 2.179 têtes d'extincteurs
"Grinnell" sous pression d'eau sont
installés dans ces locaux. En période de gel,
l'installation de sprinkleurs des magasins de
balles de coton est protégée de la gelée par
un système de mise sous pression d'air.
L'alimentation de l'installation est assurée par
deux sources d'eau, la source "A" est
constituée par un réservoir élevé situé en
haut de la tour, elle fournit la première
réserve d'eau nécessaire, la source
"B" est une puissante pompe à vapeur, à double cylindres fabriquée
par Mather & Platt Ltd. dans ses usines de
Manchester en 1900. Elle fût remplacée le 26
Avril 1951, par une pompe centrifuge entraînée
par un moteur électrique à démarrage
automatique, offrant un débit horaire de 180 m/h
et une pression de 8 bars.
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- Pour assurer le service entre les
étages, 2 ascenseurs dune force de 2 000
et 1 000 kg sont disposés dans la tour de
lancien bâtiment.
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- La filature de Fraize ne
travaille pas que les cotons longues soies, en
particulier les cotons dEgypte ; et
comme nous lavons dit à propos de la
matière première, chaque fois que
lopportunité sen présente, on
utilise les cotons coloniaux en particulier
dAlgérie. La moitié des assortiments sont
en peigné , lautre moitié en cardé.
Cette
filature a de plus un important retordage
et des ateliers complets de finissage.
Le dévidage, le
gazage et le mercerisage sont installés dans des
salles spéciales du sous-sol, qui constituent
dailleurs un véritable étage
supplémentaire où se font toutes les
manipulations de la réception des filés
dans une cave humide disposée à cet effet.
Tout est conçu
pour réaliser un enchaînement régulier,
méthodique et commode des opérations sans
transport inutiles. On peut suivre ces
manipulations successives sur les plans.
Aux magasins de
balles de coton qui sont à quais, les balles
sont manipulées au moyen de ponts roulants
électriques. Une voie aérienne Trolley,
système Tourtellier comme aux Aulnes, va des
magasins à la salle de mélange, au premier
étage, grâce à un raccordement avec un
ascenseur spécial, pour les balles de coton. La
même voie Tourtelier existe dans la salle de
mélanges autour du brise balles et les balles
sont dirigées par louvrier du mélange
jusquà la place précise où il les
désire.
Le brise-balles
alimente 8 gros casiers de mélanges.
Les chargeuses
automatiques et les ouvreuses préliminaires se
trouvent entre ces casiers et le coton travaillé
par ces machines descend automatiquement sur les
ouvreuses, au rez-de chaussée. La salle des
batteurs alimente directement celles des cardes ,
les rouleaux étant transportés par un monorail
flexible pouvant passer entre les rangées de
machines.
Les opérations
successives senchaînent pour le cardé
comme pour le peigné et jusquaux bancs en
fin inclus au rez-de chaussée doù leurs
bobines montent directement par lascenseur
central à destination.
Tous les bancs à
broche surfins alimentant les continus sont au 1er
Etage avec ceux-ci. Le retordage avec ses
bobinoirs est au premier étage du nouveau
bâtiment, les renvideurs enfin occupent les deux
étages supérieurs de lancienne usine.
Tous les filés
sont descendus par le monte-charge central qui
débouche devant la cave humide, où ils passent
tous pour entrer ensuite à la réception et à
lencaissage, qui est installé tout le long
des fenêtres du sous-sol, dans une partie très
bien éclairée ; lencaissage
communique avec le magasin de caisses et la
salle de départ ou dexpédition dune
part, avec les ateliers de dévidage, gazage et
mercerisage dautre part.
Les expéditions
préparées davance dans la salle de
départ soit en caisses, soit en ballots, sont
enlevées « de plein
pied » par les camions qui descendent
devant le quai dembarquement, semblable à
celui des Aulnes.
Tous les déchets
de la préparation sont embâchés sur place et
descendent par des trémies ou trappes au
sous-sol, doù ils sont dirigés vers les
magasins , au moyen dun chariot
spécial aux anciens magasins.
Textes
extraits du rapport de R. MEYER
- Ecole Supérieure des Sc.
Economiques et Commerciales de Paris vers 1930